Extrait Losing my Way

Voici un extrait de Losing my way. Il s’agit du chapitre 1.

Je vous en souhaite bonne lecture,


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Chapitre I

 

Fin novembre 2006, quelque part dans Tokyo.

Traversant les couloirs de la maison moderne que venait d’acquérir le Kumiko, Xiang Lee se demandait ce que pouvait bien lui vouloir son Chef alors qu’il était occupé avec les affaires d’Hiroshima. Ses longs cheveux noir ébène se balançaient au rythme de sa démarche rapide. Derrière lui, ses hommes de main suivaient difficilement son rythme, mais il s’en moquait. Son cerveau n’était tourné que vers son chef. Le seul type qu’il respectait sur cette planète.

Lorsque les portes s’ouvrirent devant lui, il entra seul dans la pièce immense et observa l’homme d’une trentaine d’années assis sur son fauteuil en cuir, le regard perdu dans un rapport quelconque. Xiang sourit lorsque Koizumi Ikuo se leva pour l’accueillir chaleureusement.

— Bienvenue à toi, Lee… J’étais impatient de te voir.

— Le plaisir est partagé, Kumiko[1].

Xiang s’inclina respectueusement et serra la main amicale qui venait à sa rencontre.

  • Je m’ennuie sans toi… Tokyo est triste en cette période hivernale.
  • Kumiko… Vous me voyez ravi d’entendre vos paroles. Mais je n’avais pas fini ma mission à Hiroshima…
  • Ne me dis pas que les hommes que tu as engagés ne pourront pas régler nos affaires ?
  • Si… si…
  • Je ne vois pas où est le problème…
  • Kumiko, si vous voulez que notre plan fonctionne, il faut mettre toutes les cha…

Les yeux de Xiang s’écarquillèrent. Une main venait d’enserrer sa gorge dans une poigne de fer. Le regard bienveillant de Koizumi tranchait avec la prise assassine qui l’empêchait de respirer.

  • Voyons, voyons Lee… Ne me dis pas que tu n’es pas capable de régler ces problèmes à distance ? Je suis un homme pressé, vois-tu. Tokyo me tend les bras et le clan Yumagachi ne s’est pas encore rendu compte de nos manœuvres. Je veux que tu passes à la vitesse supérieure ici… compris ?

Ikuo lâcha son Wakagashira[2] qui toussait pour reprendre de l’oxygène. Lentement, il fit le tour du Chinois et l’observa entre ses cils. Xiang Lee était intelligent et sans pitié. De plus, il était beau au point de donner des envies à un hétéro, mais pas suffisamment pour lui.

Cette petite frappe allait lui servir à mettre la main sur la ville. Son père, cet incapable qu’il avait tué sans remords, avait dormi sur ses lauriers pendant des années. Lui voulait le pouvoir, mais il laisserait Xiang se salir les mains. Hors de question qu’il soit vu et encore moins pris pour ce qu’il était : une pourriture de premier ordre.

Un sourire ironique flottait sur ses lèvres, alors que le Chinois l’observait entre le rideau de ses longs cheveux défaits.

  • As-tu quelque chose à me dire Lee ?
  • Non, Kumiko. Je vais me mettre au travail tout de suite.
  • Tu as carte blanche. En fait… non. Je veux quelque chose de spectaculaire…
  • Mais si je fais cela, ils vont vite s’en apercevoir et…
  • Ferme-la ! Tu es un exécutant, Lee… Certes, la phase d’infiltration doit passer inaperçue, mais en ce qui concerne notre phase d’attaque, je veux que tu engendres l’effroi, le chaos… Je veux qu’Akimichi ait peur ! Qu’il fasse dans son froc et qu’il voit son empire s’écrouler ! Ensuite… Nous nous occuperons du groupe Umeoda !

Xiang allait ouvrir la bouche pour protester. Déjà, se lancer à la conquête de la forteresse du Yumagachi-kai était une tâche suicidaire, alors le groupe Umeoda… Pourtant, aucun son ne sortit de sa bouche. Voyant que son homme de main resterait muet, Koizumi émit un petit rire satisfait.

  • Tu apprends vite tes leçons, Lee…
  • Oui, Kumiko.
  • Bien, bien… Alors que fais-tu encore ici ?
  • Kumiko… je…

Lee s’arrêta en voyant son patron se détourner avec indifférence. Apparemment, il ne l’écouterait plus. Il observa sa silhouette se déhancher de manière suggestive, il savait qu’il le provoquait à dessein à propos de ses penchants sexuels. Il se reprit et s’inclina avant de sortir. Alors que la porte était encore entrouverte, la voix sarcastique se fit entendre :

  • J’attends ton premier rapport pour la fin de semaine, Lee… Et n’oublie pas que si tu n’as pas les résultats escomptés, je me chargerai personnellement de te le faire regretter !

Puis la porte se referma avec un léger claquement. Xiang Lee resta quelques secondes figé devant les doubles battants. Ce type devait être plus dérangé que lui. Enfin, s’il croyait lui faire peur avec ses menaces de douleurs, il se trompait lourdement… Sa motivation était surtout due au fait qu’il avait les mains libres pour agir à sa guise, mais si Koizumi le poussait à faire n’importe quoi…

Se détournant brusquement, Lee s’éloigna de la porte et tandis que ses hommes lui emboîtaient à nouveau le pas, son cerveau fonctionnait à toute allure. Il avait du travail à organiser. Un fin sourire cruel déforma sa bouche, alors que sa main caressait sa gorge encore meurtrie par la poigne d’acier de Koizumi.

Les rayons du soleil chauffaient le métal laqué de la voiture de luxe noire. Elle serpentait sur la route, avalant les kilomètres et réagissant comme douée d’une vie propre. Tokyo à cette vitesse ressemblait à un ruban de gris et de flash lumineux au néon des enseignes, pour le conducteur et son passager. Ce dernier, assis à l’arrière près de la portière, avait croisé ses longues jambes nonchalamment et fumait pour oublier l’ennui de son existence.

Rien n’entrava le trajet du véhicule aux vitres teintées, jusqu’à ce qu’il ralentisse sensiblement en s’engouffrant dans le labyrinthe sinueux des rues de la vieille ville. Peu à peu, l’animation disparut et des villas cossues s’alignèrent avec ostentation de chaque côté de la route, avant de finalement laisser la place à de hauts murs en pierre cachant des demeures plus anciennes.

La berline passa entre les deux portes immenses d’une de ces résidences et roula au pas pour remonter l’allée. Le crissement des pneus s’entendait à peine sur le gravier. Le passager qui occupait le siège arrière caressa des yeux le jardin japonais soigneusement entretenu. Bientôt, au détour du dernier lacet, une bâtisse blanche sur deux étages se dressa ; visiblement imposante par le style, les dimensions et son âge vénérable.

Le véhicule s’immobilisa silencieusement devant une armée d’hommes habillés en noir et alignés sur deux colonnes, formant une haie d’honneur pour les visiteurs attendus. Le visage sombre et l’air de solennité qu’ils abordaient auraient glacé d’effroi quiconque les aurait croisés en un autre endroit.

Enma Shunsuke, lui, était indifférent. Son regard n’effleura aucun des gardes présents. Non, son attention se fixait sur les hommes se situant devant les portes ouvertes et qui pénétraient dans la demeure ancestrale du clan Akimichi.

Les hommes de main s’inclinèrent tous respectueusement devant lui, un des membres les plus puissants du clan Yumagachi-kai. Mais ce n’était pas uniquement dû à sa position, car le respect dont il faisait l’objet était aussi mélangé à la crainte de devoir répondre de ses actes à cet homme. Tous connaissaient ses faits d’armes et aucun yakusa sain d’esprit le connaissant, n’oseraient se mesurer à lui.

Shunsuke chaussa ses lunettes de soleil et traversa la haie d’honneur avec calme. Sa haute silhouette se déplaçait avec grâce. Ses cheveux bruns étaient courts et quelques mèches rebelles tombaient sur son front. Son visage aux traits réguliers offrait le spectacle de l’Asiatique dans la plus pure tradition… Si ce n’était sa peau d’albâtre et ses étonnants yeux verts dissimulés derrière les verres fumés de ses lunettes.

La physionomie d’Enma dégageait un charisme qui interpellait toute personne le croisant pour la première fois. Mais malgré l’assurance dont il faisait preuve, Enma Shunsuke ne se sentait pas très à l’aise ce jour-là alors qu’il franchissait le seuil de la demeure du clan Akimichi.

Combien de responsables avait convoqués le Kumiko ? Pourquoi les avait-il appelés ? Le coup de fil reçu le matin même avait été des plus laconiques. Il n’avait pas eu le temps d’en discuter avec quiconque, ni les autres membres du clan, apparemment.

Les domestiques s’inclinèrent un à un sur son passage. Le majordome se présenta devant lui et lui ouvrit le passage. L’étiquette suivie en ce lieu était celle d’une maison de la haute noblesse, songea Shunsuke.

Son guide fit glisser un fusuma[3] qui dévoila une foule d’une centaine d’hommes, tous habillés de costumes noirs. Le yakusa retira ses lunettes et salua vaguement ses collègues. Les Oyabun[4] du clan, venu de tout le Japon, se trouvaient là ainsi que les cadres des différentes sections de l’organisation. La réunion était donc d’importance… mais pourquoi aussi précipitamment ? Pour Enma Shunsuke, tout cela sentait mauvais.

Le yakusa croisa le regard d’Omura Kanezane, l’Oyabun dont il dépendait. Il s’inclina avec respect et ce dernier lui adressa un regard bienveillant et toujours énigmatique.

  • Enma !

La voix moqueuse et faussement enjouée de Tanaka Eiji lui fit tourner la tête. Le mauvais goût de ce type lui donnait envie de vomir. Un costume trois-pièces dont la veste et le spencer étaient ouverts en grand sur une chemise blanche laissait voir une chaîne en or à gros maillons accrochée autour du cou. Shunsuke remarqua les diamants cloués à ses oreilles.

L’envie de lever les yeux au plafond le tenailla, mais seul un soupir s’échappa de ses lèvres. Tanaka ressemblait de plus en plus au maquereau qu’il était. Les goûts de cet homme le dépassaient…

  • Ne prends pas ton air hautain ! Tu dois être aussi nerveux que nous le sommes…

Pour toute réponse, Enma sortit un étui à cigarettes de sa poche intérieure et en prit une, faisant protester son interlocuteur.

  • Tu es fou ? s’exclama Tanaka, agacé par les airs de faux noble que se donnait toujours Enma Shunsuke.

Lui savait d’où il venait. Il ne comprenait pas pourquoi ce type se donnait des allures de prince alors qu’il sortait du ruisseau. Et en plus, il se permettait de commettre des sacrilèges, comme fumer dans cette pièce hautement… inflammable !

  • Ne prends pas ton cas pour une généralité, Tanaka…

Le visage de Shunsuke ne laissait rien transparaître de son agacement. Reprenant calmement, Shunsuke détrompa l’homme d’une cinquantaine d’années qui s’agitait comme s’il était sous l’emprise de tic.

  • Je suis nerveux comme vous tous… Mais je ne vois pas en quoi l’étaler avancerait à quelque chose.

Tanaka jetait de brefs coups d’œil fébrile autour de lui. Enma quant à lui, se dirigea vers un des murs de la salle. Elle voyait rarement autant de monde s’agiter en son sein. Au passage, il croisa quelques regards, mais ils se détournèrent bien vite de sa personne.

Shunsuke s’adossa contre une cloison et fut rejoint par le Shateigashira[5], Yamamoto Shihiro, ce qui eut pour effet de faire prestement fuir Tanaka qui l’avait suivi. Yamamoto l’avait dans le collimateur depuis deux accidents inexplicables survenus quelques semaines plus tôt.

  • Yamamoto-san, connaissez-vous ce pour quoi nous sommes réunis aujourd’hui ? demanda négligemment le métis.
  • Une vague idée…

Le sourire avec lequel lui avait répondu Yamamoto Shihiro et son ton nonchalant firent comprendre tout de suite à Shunsuke qu’il connaissait parfaitement le but de cette réunion impromptue. Yamamoto contourna le responsable des jeux qui ne le quittait pas du regard, les paupières mi-closes, comme pour mieux cerner son interlocuteur.

Le Shateigashira était fasciné par Enma à chaque fois qu’il le rencontrait. Il aimait être en sa compagnie. Il était calme et posé et généralement, les parasites le fuyaient comme la peste. Enfin, c’était aussi en grande partie parce que cet homme pouvait se montrer cruel et impitoyable qu’ils l’évitaient. Seuls ceux de son rang et Omura-san ne le craignaient pas. Et encore…

C’est parce que tous savaient qu’Enma n’enfreindrait jamais le règlement qu’ils se permettaient une certaine familiarité avec lui, mais le reste des yakusa, soit quatre-vingt-quinze pour cent des membres du Yumagachi-kai, fuyait cet homme qui les terrifiait.

  • Enma… j’ai su que tu avais encore fait progresser le chiffre d’affaires de ta branche. Le Kumiko pourrait bientôt t’autoriser à ouvrir ton propre clan… d’autant que certains se sont retrouvés sans Oyabun.

Shunsuke eut un coup au cœur en entendant ces paroles, pourtant il resta impassible. Il se contenta de balayer d’un regard indifférent la salle où, maintenant, tous discutaient de manière plus décontractée. L’attente était longue, ce qui avait pour effet de délier les langues.

L’esprit de Shunsuke revint vers son interlocuteur. Yamamoto cherchait-il à le tester ? Gardant une certaine prudence, le yakusa répliqua d’une voix légère :

  • Le jour où le Kumiko le jugera nécessaire, je considérerais comme un honneur de le servir de cette manière, mais pour l’instant… je ne vois rien qui me permet d’accéder au rang d’Oyabun.

Le Shateigashira resta silencieux. Enma rencontra les yeux chocolat de Yamamoto Shihiro. Cet homme était profondément intelligent et subtil. Shunsuke se demandait pourquoi il n’était pas le premier. Mais, le chef du Yumagachi-kai devait avoir ses raisons.

Le shōji[6] qui donnait sur les appartements privés du Kumiko glissa enfin. Tous s’interrompirent dans un même ensemble et les yakusa se regroupèrent selon leur rang devant la porte. Ils s’installèrent en seiza[7] et s’inclinèrent devant leur chef.

Shunsuke s’était agenouillé à côté d’Omura-san. Ils fixaient l’homme d’une soixantaine d’années qui s’avançait dans la pièce, le visage sombre. Un domestique habillé d’un yukata vint se placer derrière lui et plaça un zabuton[8] pour lui permettre de s’asseoir confortablement sur le tatami.

L’homme s’installa et tous se redressèrent quand ils en reçurent l’ordre. Shunsuke sentit le poids du regard du Kumiko peser sur lui. La lueur de satisfaction qui luisait dans ses yeux le rassura sur sa position au sein du clan. Dernièrement, Akimichi Eitaro avait fait un écrémage au sein de ses troupes et chacun tremblait quant à son avenir au sein du clan.

  • Messieurs, je vous remercie tous d’avoir répondu à mon appel…

Shunsuke réprima un sourire ironique. Comme si quelqu’un, ici pouvait ignorer un appel du Kumiko !

  • La tenue de cette réunion a dû en surprendre plus d’un. Elle a pour but de vous informer qu’une guerre ouverte est déclarée avec le clan Inashita-rengo.

Un murmure parcourut la salle. Shunsuke examina attentivement Eitaro Akimichi. Il savait que ce clan cherchait à prendre la deuxième place, mais de là à engager une guerre ouverte ? La voix calme et mesurée du chef de clan reprit :

  • Vous savez tous que le clan Inashita-rengo monte en puissance depuis qu’ils ont ajouté le trafic de drogue à leurs activités. La région de Kobe est sous leur contrôle depuis deux ans… Nous avons perdu quelques intérêts là-bas, mais nous avons réussi à les contenir malgré tout. Aujourd’hui, le clan Inashita-rengo s’attaque à Tokyo… et à notre position !

Un silence plana, durant lequel le Kumiko fouilla le regard de ses hommes.

  • Je refuse de céder à ce trafic, il ne correspond pas à l’éthique de notre clan… Koizumi a décidé de s’infiltrer sur notre territoire. Pour moi, il est hors de question que ce groupe vienne se mêler de nos affaires, le ton était devenu imperceptiblement plus dur. Nous avons eu confirmation qu’une vingtaine de shatei[9], sous la responsabilité de Kotari-san, ont été assassinés. Nous avons trouvé sur l’un des corps l’emblème du clan Inashita-rengo. Veulent-ils aussi nous affaiblir en supprimant notre apport en personnel ? Nous mettre dans l’impossibilité de faire face aux demandes qui nous sont faites auprès des entreprises, afin de s’implanter plus rapidement dans notre secteur ? J’ai demandé à Takeshi-san de pourvoir à la sécurité des shatei. De plus, Nagata-san s’occupera de fournir de la main-d’œuvre pour combler notre déficit provisoire en hommes.

Le Kumiko se tourna vers le yakusa qui le servait et ce dernier lui tendit un verre. Après avoir bu une large rasade, alors qu’un silence de mort paralysait l’atmosphère, Akimichi reprit brièvement :

  • J’ai reçu hier soir un appel du fils de l’ancien Kumiko… Koizumi Ikuo… Enfin, comme chacun le sait ici, l’héritier Koizumi n’est qu’un pantin entre les mains de Xiang… N’oubliez pas qu’il a fait partie de la triade chinoise avant de se mettre au service de Koizumi et que c’est sous son impulsion que le groupe Inashita-rengo a progressé avec une telle ampleur.

Le Kumiko fit une nouvelle pause. Son regard sombre parcourait la salle. Son expression devint plus grave. Chacun prenait la mesure de ses paroles. Il reprit avec le même sérieux.

  • Il m’a confirmé vouloir reprendre tout ou une partie de notre territoire pour pouvoir étendre son marché. Puisque le clan Umeoda contrôle l’activité drogue de Tokyo sur son secteur et qu’il s’agit d’une forteresse inattaquable, c’est sur nos terres qu’ils veulent s’implanter. Je ne tolérerais pas qu’on me menace comme il l’a fait ! Koizumi n’a pas nié les assassinats commis contre les membres de notre clan… Je pense que vous savez exactement ce qui va découler de cette guerre ? Ils se sont déjà infiltrés à Tokyo, Sapporo, Nagoya, Kyoto et Hiroshima.

Le Kumiko se tut une nouvelle fois, permettant à chacun d’enregistrer son discours. Lorsqu’il reprit, le ton était moins dur, mais la tension n’avait pas complètement disparue, informant au passage combien les paroles qui suivraient seraient importantes.

  • Je vous demande de faire le nécessaire… Capturez leurs hommes. N’hésitez pas à employer tous les moyens nécessaires. Je veux un maximum de renseignements. Je veux leur faire mal et leur montrer qu’ils ne gagneront pas cette guerre. Nous avons été trop lents pour réagir… mais maintenant, je veux une implication totale de chaque branche de la famille.

Le regard du chef de clan était froid. Son attitude s’était à peine modifiée pourtant l’atmosphère lourde qui régnait mit mal à l’aise toute l’assemblée.

  • Puis-je compter sur votre entière coopération ?

Un cri de guerre retentit dans la salle, sourd et puissant, poussé par cent voix comme un seul homme. L’expression du Kumiko se détendit quelque peu.

  • Comme cette affaire prend de l’ampleur, je vous demande de venir m’avertir de tout événement ou renseignement majeur… Si je ne suis pas là, vous vous adresserez à Kamigura-san ou à Yamamoto-san. Soyez à l’écoute de vos hommes et sachez prendre les dispositions qui s’imposent !

La réunion continua sur les affaires actuelles du clan et Shunsuke eut la surprise d’être félicité par le Kumiko. Il prit cela comme un honneur et il se dit que Yamamoto ne s’était peut-être pas trompé en lui parlant de l’éventualité pour lui de devenir Oyabun.

Avril 2007, campus de Keiō, Tokyo.

Senji Fujimori traversa le campus rapidement. Sa haute silhouette féline se mouvait avec grâce sur l’esplanade. L’étudiant était considéré comme le plus beau parti du campus même si, la plupart du temps, il fuyait les contacts avec les autres étudiants. Senji était plutôt grand pour un Japonais quoiqu’il fût métis. Sa tignasse châtain foncé prenait des reflets plus clairs sous le soleil. Son expression renfrognée ne dissimulait pas l’extrême finesse de ses traits encore empreints d’une certaine juvénilité.

Senji regarda sa montre nerveusement. Merde ! Il était vraiment en retard à son rendez-vous. Il se mit pratiquement à courir et entra dans le hall du bâtiment principal de Keiō[10]. Enfin, dans son malheur il avait de la chance, car son rendez-vous se situait au rez-de-chaussée du bâtiment principal de l’école.

Ses yeux bleu clair déchiffrèrent rapidement le numéro des portes et lorsqu’il atteignit le 101, il souffla et reprit profondément sa respiration. L’étudiant frappa ensuite discrètement à la porte et la voix de son professeur principal lui parvint. Le jeune homme entra et tout de suite ses yeux accrochèrent la présence d’un homme distant, assis à côté de son professeur. Il était plutôt grand et d’âge moyen, son expression sombre et préoccupée montrait combien il aurait souhaité ne pas être là.

Maeda-sensei[11] s’était levé avec un sourire et désigna de la main un siège situé entre eux et la table.

  • Entrez Fujimori-san… Yoshitoshi-san et moi-même vous attendions.

Senji s’avança et s’inclina respectueusement. Les yeux de Yoshitoshi le détaillaient si attentivement que Senji eut l’impression fugitive d’être un insecte sous microscope. À son grand soulagement, Maeda-sensei reprit avec le sourire.

  • Norifumi-san vient de m’appeler pour nous avertir de votre retard. Il a présenté ses excuses bien entendu. Installez-vous, je vous en prie.

L’étudiant en droit des affaires prit un siège et rencontra le regard perçant et noir de l’avocat.

  • Je me présente, je m’appelle Yoshitoshi Shin, j’ai quarante-huit ans, je suis marié et j’ai un fils. Je suis un des quatre sociétaires et fondateurs de Moshikawa International Law, Patent & Accounting Office. Nous sommes à la recherche d’excellents éléments afin d’intégrer notre groupe.

Yoshitoshi-san fit une courte pause, comme pour permettre à Senji de se rendre compte de l’honneur qui lui était fait.

  • Même si nous nous occupons d’affaires au niveau international, nous manquons actuellement de bonnes recrues sur le plan du droit national. Actuellement, notre cabinet reçoit de plus en plus de demandes pour des litiges qui au départ, ne nous concernaient pas vraiment.

Senji écoutait avec attention l’homme en face de lui qui se servait un verre d’eau. Il prenait son temps et l’étudiant demanda poliment :

  • Est-ce indiscret de demander pour quelle raison votre cabinet a décidé de prendre ces affaires en comptes ?

— J’allais y venir…

L’homme semblait pousser un soupir. Les traits de l’avocat, qui étaient plutôt rigides jusqu’ici, se détendirent quelque peu. Ses yeux que Senji avait crus noirs à son arrivée s’avéraient en fait d’un brun très soutenu. La lueur qui brillait à l’intérieur de son regard les éclaircissait en quelque sorte.

  • En fait, suite à une affaire personnelle d’un de nos collaborateurs, nous nous sommes rendu compte que nous pouvions développer notre activité. Pas que nous n’y pensions pas au départ… mais nous n’avons jamais eu le temps matériel d’y réfléchir à tête reposée. Suite à cet événement imprévu, nous avons décidé d’y mettre un des associés… Huang-san. C’est avec lui que vous travaillerez. Il était chargé de cet entretien malheureusement, il a été retenu ailleurs. Passons !

Yoshitoshi-san reprit sa respiration avant de conclure, continuant de sonder Senji de son regard scrutateur.

  • Actuellement, nous avons trois personnes travaillant dans le domaine du droit national, mais nos clients sont de plus en plus nombreux, et nous sommes contraints d’engager de nouveaux avocats… et vous en faites partie !

Senji ouvrit les yeux de surprise. Comment avaient-ils eu vent de son nom ? Comme s’il lisait dans ses pensées, l’avocat reprit :

  • Nous avons demandé à Maeda-san, ici présent, de repérer en début d’année les meilleurs éléments et de nous fournir au moment du dernier stage, les dossiers des étudiants les plus prometteurs… Or vous êtes le major de votre promotion et votre double compétence nous intéresse.

L’étudiant en aurait presque rougi et il observa Maeda-sensei avec reconnaissance. Yoshitoshi continua à nouveau, ne s’attendant pas beaucoup à une réponse sur l’instant.

  • Donc, si nous avons bien compris, votre nouveau stage débute dans deux mois… n’est-ce pas ?
  • Oui…
  • Bien… Êtes-vous prêt à vous investir dans notre cabinet ?
  • Ce serait un honneur Monsieur…

Un sourire bref apparut sur les lèvres pleines de Yoshitoshi-san. Puis reprenant son sérieux, il continua :

  • Nous allons vous contacter prochainement pour vous donner votre date d’entrée dans la société… Je pense que vous commencerez peut-être quelques jours après la date officielle qui tombe pour nous au plus mauvais moment. J’ai déjà vu ceci avec Maeda-sensei… Pour votre rétribution, nous en reparlerons plus explicitement lorsque vous viendrez dans nos locaux…
  • Vous ne souhaitez pas en savoir plus sur moi ou…

Yoshitoshi haussa un sourcil et finalement secoua la tête. Ses yeux glissèrent vers sa montre et il marmonna comme à lui-même :

  • Nous sommes passablement débordés ces derniers temps et l’entretien avait surtout pour but de me faire une opinion sur vous. Comprenez bien, Fujimori-kun, que nous avons une certaine réputation et que nous souhaitons la préserver. En dehors du parcours scolaire, nous essayons d’avoir des personnes de haute moralité parmi nos employés. Nous nous informons également sur votre entourage et vérifions tous les casiers judiciaires. Pour nous, il est impensable qu’un quelconque scandale éclabousse notre société… Vous me comprenez ?

Senji s’était légèrement raidi sur sa chaise et se demanda jusqu’où allait leur tolérance. Le jeune homme approuva d’un hochement de tête. Une expression satisfaite vint se peindre sur le visage plutôt séduisant de l’avocat.

  • Je suis heureux de notre future collaboration, Fujimori-kun…
  • Je me réjouis d’avance de pouvoir intégrer votre cabinet…
  • Bien… bien…

Yoshitoshi se leva, attrapa sa sacoche et après un dernier salut vers le jeune homme, l’avocat fut raccompagné par Maeda-sensei. Senji fronça les sourcils et resta un instant immobile. Il songea qu’il devrait être très discret quant à ses relations personnelles… Il ne devait pas être bon d’afficher son homosexualité dans ce cabinet… où autre part ailleurs de toute façon. Une toux derrière lui le fit sursauter. Le jeune homme se tourna et ses yeux bleu clair se posèrent sur son professeur. Ce dernier l’observait avec un sourire légèrement moqueur. Il s’était adossé à la porte et remarqua à haute voix.

  • Je crains pour vous, Fujimori-kun, qu’il vous faille cacher vos préférences sexuelles…

Senji rougit légèrement et demanda :

  • Je ne vois pas de quoi vous me parlez…
  • Tss… je vous ai surpris, il y a quelques mois en compagnie d’un jeune homme avec qui vous sembliez entretenir plus qu’une simple relation d’amitié…

L’étudiant pâlit et Maeda-sensei reprit calmement :

  • Je n’ai aucunement l’intention de dire quoi que ce soit… de toute façon, je n’aurais même pas proposé votre candidature si cela me posait un problème. Juste un avertissement, soyez discret !
  • Je n’ai jamais eu l’intention de l’étaler au grand jour… Je… je…
  • Le souci pour vous, c’est que le monde est petit… Alors, conseil d’ami… évitez les endroits trop publics.
  • Je ne vais tout de même pas vivre en reclus, j’ai une vie sociale !

Senji sentait la colère monter en lui et serrait les poings. Il n’était pas un monstre non plus. Il souffla intérieurement pour relâcher la pression et dit finalement d’une voix lasse :

  • Merci, sensei. Je prendrais vos conseils en compte…
  • Bien ! Et félicitations, Fujimori-kun !
  • Sommes-nous nombreux à avoir été recrutés pour travailler dans ce cabinet ?
  • Deux… pour l’instant.
  • Je pensais que… nous serions beaucoup plus…
  • Ils vont certainement passer par d’autres universités pour compléter leur recrutement…

Maeda-sensei se caressait le menton, songeur. Puis, se redressant, il empoigna la poignée de la porte sur laquelle il s’était adossé plus tôt, et sortit en laissant son élève se remettre de la nouvelle.

Senji quitta également les lieux et se dirigea vers sa chambre. La joie dominait tous ses sentiments. Un avenir radieux lui tendait les bras. De cela, il en était certain. En cours de route, Senji attrapa son portable et appela son meilleur ami…

  • Tsuneo ?
  • Senji ! Comme, je suis content de te parler ! s’exclama son frère aîné.
  • J’ai décroché un job, ça y est ! s’écria l’étudiant, excité.
  • Génial ! Papa et maman vont être contents.
  • Je ne leur ai pas encore annoncé la nouvelle, je voulais d’abord t’en parler. Je voulais aussi t’inviter à prendre un verre. Après tout, si tu n’avais pas été là, je ne crois pas que je serai parvenu à terminer cette dernière année. Tu pourrais te joindre à moi ce soir ?
  • Euh, je ne sais pas. Je vais voir avec Kumiko et je te rappelle pour confirmer. Les enfants ont été malades aujourd’hui. Si ce soir ce n’est pas possible, j’essaierai demain… Ça t’ira quand même ? interrogea Tsuneo avec espoir.
  • Oui, sans aucun problème, grand frère. J’attends ton coup de fil. Enfin, si Hisa et Eiji ne vont pas bien…

Tsuneo éclata de rire et reprit, moqueur :

  • Les deux monstres sont maintenant en pleine forme, mais je préfère en parler à Kumiko, je ferai mon possible… À tout à l’heure et encore félicitations !
  • Merci et à tout à l’heure, au pire demain…

Senji grimpa les marches qui l’emmenaient à sa chambre et lorsqu’il ferma la porte, il s’appuya contre le battant. Son cœur battait la chamade. Moshikawa International était un des cabinets d’avocats les plus prestigieux… Il n’avait qu’une hâte, fêter l’événement avec son frère ! Et célébrer sa nouvelle vie plus tard avec le reste de la famille.

L’étudiant songea à Tsuneo qui était la personne la plus importante à ses yeux. Son frère aîné, son confident, son meilleur ami, mais aussi, un soutien financier pour ses études. Senji ne le remercierait jamais assez pour tout ce qu’il avait fait pour lui.

La voiture noire s’arrêta devant un grand hangar désaffecté. Un homme en sortit précipitamment, chaussé d’une paire de chaussures en cuir de très bonne qualité. Une bourrasque de vent souleva les longs cheveux noirs de leur propriétaire qui les repoussa d’un geste impatient.

Traversant le quai désert, il se présenta devant une porte métallique, et avant qu’il n’ait besoin d’activer la poignée, cette dernière s’ouvrit sur une espèce de gigantesque molosse aux traits lourds et résolument asiatiques, habillé d’un pull marin et un jeans usé à force d’être porté. Les taches de sang qui le maculaient donnaient un côté un peu plus sinistre à cet homme sans âge.

  • Bien… Zhang… je suppose que tu as commencé l’interrogatoire ?

Seul un hochement de tête lui répondit. Le bourreau lança un regard d’adoration à son Maître, si beau et si élégant. Mais, ce n’était pas vraiment pour son physique qu’il l’aimait, c’était pour sa perversité. Il suivit son patron tout en observant les cheveux ramassés négligemment sur l’épaule, comme prêts à s’échapper pour ruisseler dans son dos.

Xiang Lee se dirigea vers le fond du bâtiment qui ne contenait que des palettes vides et des poulies où se balançaient de lourdes chaînes rouillées à force de ne pas servir. Un jeune yakusa en jeans, baskets et tee-shirt à la mode, lui ouvrit la porte permettant d’accéder au sous-sol aménagé.

Les deux Chinois s’enfoncèrent dans l’étroit boyau creusé en toute illégalité. Les murs parfaitement bétonnés étaient éclairés par une lumière crue diffusée par des ampoules nues.

Seul le bruit de leurs pas se répercutait à l’infini dans le couloir. S’arrêtant dans une pièce qui ressemblait à un bureau ou plutôt un entrepôt, au vu du matériel déposé sur des dessertes à roulettes, Xiang récupéra une mallette dont il caressa amoureusement les contours.

L’idée de ce qui allait se produire le faisait déjà bander. Finalement, il était heureux que Koizumi lui laisse carte blanche. Il avait toujours été violent, mais avant, Lee se contentait de brimades, tandis qu’à présent…

Sa main caressa son sexe gonflé et un frisson d’excitation le traversa, lui faisant fermer les yeux à demi et échapper un gémissement de plaisir. Qu’importe que Zhang soit là, de toute façon, il l’avait déjà vu baiser bon nombre de types, même des prisonniers… et se branler devant lui, pour l’exciter… Oui, il le faisait exprès. Son homme à tout faire ne lèverait jamais le petit doigt sur lui. Xiang aimait voir le bas de son pantalon serré par une érection qui ne serait jamais soulagée.

Sortant de la transe dans laquelle il se trouvait, Xiang se dirigea vers une salle d’interrogatoire où il trouverait sa prochaine victime. La pièce était un cube sinistre et glauque de béton gris où quelques taches de sang sec peignaient encore le sol, malgré les lavages journaliers à grande eau de Zhang. Comme il l’imaginait, le jeune shatei du clan du Yumagachi-kai tremblait de peur, même si son regard sombre lui montrait tout le bien qu’il pensait de lui.

Un peu plus excité par cette nouvelle victime pas si couarde pour une fois, Xiang laissa échapper un petit ricanement.

  • Je vois que tu es prêt pour ta petite séance, Haruki…
  • Ne soyez pas familier avec moi. Nous n’avons pas élevé les cochons ensemble !
  • Certes non, mais ton prénom me plaît, alors laisse-moi au moins le plaisir de le prononcer… Haruki…
  • Que me voulez-vous à la fin ? Je n’ai aucune information à donner… je ne suis qu’un simple shatei…
  • Oui, c’est vrai. Tu n’as rien à me donner de ton… vivant, hésita Xiang avec un sourire malicieux. Par contre, une fois mort, ta dépouille me servira à instaurer la terreur. J’ai toujours pensé que les actes étaient bien meilleurs que les mots. Tu n’es pas de mon avis ?
  • Vous êtes un détraqué !
  • Peut-être…

Lee n’était pas incommodé qu’on puisse le prendre pour fou. Il ne se posait jamais la question et comme son besoin de tuer et de faire subir les pires sévices ne faisait qu’augmenter au fil des semaines… quelque part, cela devait être vrai !

Sa langue lécha le contour de ses lèvres avec gourmandise alors qu’il prenait, dans la valise que lui avait obligeamment ouverte Zhang, une lame de rasoir entre les doigts.

Il se tourna lentement vers sa proie et du bout des doigts, caressa la peau de son visage.

  • Elle est douce… Profite encore de ces instants de répit et apprécie le miel de cette caresse…

Xiang observa l’homme attaché à la chaise, menotté et tremblant. L’ampoule émit quelques grésillements comme si elle était sur le point de s’éteindre.

Lee n’y prêta absolument pas attention, sa lame effleurait les vêtements qui tombèrent un à un sur le sol, pour laisser le prisonnier nu comme un ver. Le silence n’était rompu que par des sanglots de plus en plus forts. L’homme suppliait à voix basse. Il avait oublié le clan, le serment et tout ce qui faisait l’honneur d’un yakusa. Il voulait vivre et surtout ne pas subir ce que suggérait cette lame.

  • Si tu avais fait parti de mon clan… Je t’aurais pris comme esclave sexuel, tu es plutôt bien monté et bien de ta personne. Quel gâchis !

Le yakusa eut une lueur d’espoir dans son regard. Et s’il devenait l’objet sexuel de ce type… tout plutôt que ce qui l’attendait. En rencontrant le regard malsain de Xiang, Haruki comprit que ce n’était que mensonge… tout ce qu’il lui avait dit n’était que mensonge. Lorsque la lame s’enfonça dans son épiderme pour lui enlever juste un morceau de peau de son épaule, laissant la chair et le gras visible à l’œil, Haruki hurlait de douleur sur sa chaise.

  • Crois-moi, tu devrais t’y habituer… Je vais faire morceau par morceau… à toi… et à tous ces gars qui entendent tes hurlements dans les cellules à côté de cette pièce, commenta obligeamment Xiang.

Xiang se délectait de la peur qu’il voyait dans le regard de son otage, lui se souvenait avec honte de ses propres craintes à chaque fois que son maître le touchait. Ce gros vicieux, qu’il crève ! Il tenait sa vengeance sur ce monde ! Lui aussi avait le même pouvoir. Et en quelque sorte, il comprenait presque son propre tortionnaire.

Haruki, lorsqu’il vit la lame approcher de son visage, arrondit les yeux d’horreurs et tenta de faire basculer la chaise comme s’il pouvait s’échapper. Mais une main impitoyable coinça son visage et son hurlement glaça d’effroi tous les Shatei et Kyodai[12] emprisonnés à quelques mètres de là.

Lorsque quelques heures plus tard, Xiang sortit de l’entrepôt, Zhang le suivait toujours à la trace, un faible gémissement rauque se faisait entendre. Un sac couvrait l’épaule de l’homme de main. Repoussant ses cheveux encore humides de la douche qu’il venait de prendre, le Chinois déclara sèchement :

  • Tu lui tires une balle et tu le coupes en morceaux. Ensuite, envoie un petit carton d’invitation au Yumagachi-kai !

Dans la foule compacte qui se pressait autour de lui, Senji se tenait immobile. Plusieurs fois, il avait failli se faire emporter par le flot de piétons, comme si le courant puissant qui agitait les rues de Tokyo voulait l’attirer dans les profondeurs abyssales de la ville. Mais ses yeux restaient ancrés à l’étage où bientôt, il prendrait possession de son bureau… enfin, bureau… Dans un premier temps, il serait considéré comme un stagiaire. Les copies, le café et les travaux rébarbatifs les plus ingrats seraient son lot, mais il semblait que beaucoup d’attentes pesaient déjà sur ses épaules.

Un sourire vint enfin fleurir sur ses lèvres sensuelles. Senji calcula rapidement ses perspectives d’avenir et certainement que d’ici quelques mois son salaire, d’abord modeste, se gonflerait et lui permettrait de s’offrir un appartement confortable et la possibilité d’être enfin indépendant. Ses parents n’allaient plus souffrir de ses multiples spécialisations.

Senji finit par quitter son poste d’observation et s’engagea dans le flot de marée humaine, le cœur léger. Il avait l’impression de flotter. La seule chose qui lui manquait dans sa vie finalement c’était… une personne à aimer. Toutefois, au vu de ses préférences et de son emploi du temps, il était peu probable qu’il puisse trouver quelqu’un pour partager son quotidien. Une femme accepterait plus facilement de s’effacer au profit de sa carrière à lui, mais un homme ?

Enfin, chaque chose en son temps… Le jeune homme s’engouffra dans le métro et prit la ligne qui le conduirait vers les quartiers branchés de la ville. Tsuneo l’attendait pour prendre un verre.

  • Enma, cesse de te la jouer cool… et viens ici faire une partie de shōgi[13].

Haussant un sourcil, Shunsuke cessa de contempler le jardin de l’Oyabun et tourna légèrement la tête. Nagata Takumi, le responsable de l’immigration clandestine, posait devant lui les pièces du jeu et l’observait, l’air moqueur. Au vu de leur dernier affrontement, il pouvait se montrer aussi sûr de lui.

  • La dernière partie que nous avons jouée ensemble te reste au travers de la gorge… avoue-le !
  • Ne prends pas tes rêves pour une réalité, Nagata !

Un ricanement se fit entendre dans l’assistance et ce fut Kamigura Kenichi, le Wakagashira qui répondit :

  • Cela doit être dur pour toi… être le responsable des jeux et se faire battre à plate couture par Nagata.

Shunsuke se leva et retira sa veste pour s’asseoir sur le zabuton qui faisait face à celui de son adversaire. Pas qu’il s’avouait vexé, mais il n’avait rien d’autre à faire et l’ennui commençait à le ronger malgré tout. Nagata Takumi afficha un sourire narquois.

  • Voilà un homme…
  • La ferme et commence…, maugréa Shunsuke qui ne voulait pas laisser le plaisir des sarcasmes au yakusa.

L’homme d’une quarantaine d’années s’était appuyé sur son accoudoir dans une pose nonchalante, sûr de son fait, tandis que les nerfs de Shunsuke lui semblaient à vif.

Les autres responsables, qui jusqu’ici tuaient le temps comme ils le pouvaient, s’installèrent tous sur leurs coussins pour observer les phases du jeu. Les deux adversaires étaient concentrés et les plaques se déplaçaient rapidement sur le shōgiban[14].

  • Shunsuke, es-tu en meilleure forme aujourd’hui ?

L’homme haussa les épaules, suivant du regard le parachutage[15] de son adversaire. Tanaka Eiji ricana et déclara mielleusement :

  • C’était peut-être dû à son manque d’activité sportive… à ce moment-là !
  • La ferme Tanaka ! maugréa Shunsuke.
  • Quoi ? J’pourrais t’fournir les plus belles femmes, mais toi, tu préfères les hommes ! Les pauvres… ce n’est vraiment pas de chance pour eux de tomber sur toi !

Shunsuke releva brièvement la tête et observa le yakusa auquel l’âge donnait quelques cheveux blancs. Tanaka arborait une mine innocente qui exaspéra le joueur.

  • Allez, avoue, Shunsuke. Combien de temps conserves-tu tes minets ?
  • La ferme ! Ça ne te regarde en rien !
  • Je ne l’ai jamais vu deux jours de suite avec le même, c’est sûr !

La remarque d’Uchiwa Choji prononcée posément énerva le métis qui serra un peu les dents. Ce n’était pas le moment de le chatouiller avec ses relations personnelles. Sa dernière conquête lui laissait encore un goût amer dans la bouche.

De plus, que cela vienne de ce type, c’était pire que tout pour lui. Le responsable de la branche monétaire du groupe était quelqu’un de très discret qui ne se mêlait jamais ouvertement des affaires des autres.

  • C’est vrai…, marmonna son adversaire du moment. Les yeux noirs de Takeshi le scrutèrent intensément. Je ne t’ai jamais vu avec qui que ce soit, et ceci, sérieusement. Pourtant, nous sommes entrés en même temps dans le Yumagachi-kai.
  • De quoi tu te mêles maint…
  • C’est vrai…

Suzuki Jiro, le Saiki-komon[16], qui avait le regard rivé sur le shōgiban, réfléchissait manifestement maintenant sur les relations qu’avait pu entretenir le responsable de la branche jeu avec ses partenaires.

  • À croire que tu as peur de rester plus d’un soir ou deux avec la même personne. En plus, tu ne choisis que des hommes qui font partie du milieu…
  • Et si tu essayais de sortir avec un katagi[17] pour une fois ?

Shunsuke leva la tête pour fixer Akimichi Masashiro comme s’il était fou. Un fin sourire étirait les lèvres du fils du Kumiko. Jamais Shunsuke n’aurait cru qu’il se mêlerait à cette conversation.

  • Ça élargirait ton horizon certainement… et puis, qui sait, ça pourrait durer plus longtemps ! sourit le Wakagashira pour soutenir Akimichi Masashiro.
  • Vous essayez de me caser ou quoi ?

Maintenant, le yakusa se sentait nerveux et ne comprenait presque plus rien à la partie, contrairement à son adversaire qui arborait un sourire carnassier, prêt à plier le jeu une nouvelle fois.

  • De toute façon, comment pourrais-je rencontrer la perle rare chez les katagi qui accepteraient de sortir avec moi ?
  • Il suffirait qu’il ne soit pas au courant !

Tanaka avait replié ses bras devant lui et observait Enma avec attention dans une attitude de défi malicieuse.

Quelques mèches noires retombaient sur son front haut, et ses yeux verts magnétiques… Il était réellement plus que séduisant. S’il avait été hétérosexuel ou bisexuel à la limite, il aurait fait un malheur sur la gent féminine… Il le jalousait en quelque sorte, mais là, ce serait vraiment amusant de le voir peiner pour garder une relation.

  • C’est simple ! fit soudainement Suzuki Jiro comme s’il sortait d’un rêve. Et si nous passions une petite annonce ? Sur Internet ou dans les journaux spécialisés gay ?
  • Mais vous êtes timbrés ! protesta Shunsuke.
  • Un peu de respect jeune homme. On essaye de te trouver quelqu’un de bien !

Le Wakagashira était tout à fait sérieux en disant cela. Enma posa ses plaques et se redressa, exaspéré. Il attrapa sa veste et se dirigea vers la sortie.

  • Et attends Enma… j’allais encore gagner ! protesta Nagata Takumi, furieux.
  • J’m’en fous ! Vous n’avez qu’à vous en prendre à vous même… Mais sachez que je ne m’occuperais pas de cela… Débrouillez-vous !
  • Vraiment ? demanda Tanaka.

Un sourire pervers vint tordre ses lèvres et il ricana doucement.

  • Je peux m’en charger sans problème, mon petit Enma…
  • Il mesure un mètre quatre-vingt-dix, crétin… Tu ressembles à un nain à côté, se moqua Takeshi Satoshi qui ramassait les pièces.
  • Rira bien qui rira le dernier. Je vais lui trouver la perle rare.

Bientôt tous les hommes du clan se dispersèrent et chacun oublia l’incident, sauf Tanaka.

Senji entra dans le B Bar en poussant la double porte vitrée. L’atmosphère sombre obligea le jeune homme à cligner des yeux quelques instants. Puis, les petites tables rondes, le grand bar brillamment éclairé, contrairement au reste de la pièce, lui sautèrent au regard. Le rouge et le noir étaient les couleurs dominantes de l’établissement. Le décor était moderne et la clientèle triée sur le volet.

Senji remarqua son frère accoudé au comptoir. Il traversa rapidement l’établissement. Le jeune homme secoua la tête et songea que Tsuneo était fou. Il lui avait donné rendez-vous dans un bar gay ! Quelque part, c’était pour cette raison qu’il aimait son frère. C’était pour sa tolérance et son humanisme qu’il l’appréciait. Rien ne le choquait, rien ne semblait le perturber dans ce vaste monde.

Ses seules préoccupations étaient sa femme Kumiko et leurs deux enfants. Hisa et Eiji adoraient leur père d’ailleurs. Tsuneo ne le regardait pas lorsqu’il s’approcha et c’est d’une claque dans le dos que Senji se fit remarquer de lui.

  • Sunako n’a pas voulu se joindre à toi ?
  • Je n’ai rien dit du tout ! Je suis désolé pour la semaine dernière, reprit Tsuneo ennuyé. Nous étions vraiment coincés Kumiko et moi…
  • Ce n’est pas grave… Tu es là aujourd’hui !
  • Alors, tu as vu ?
  • Oui !
  • Et ? Ça te plaît ?

Senji commanda un whisky et s’installa confortablement sur son tabouret. Il fit face à son frère qui était sa… copie conforme. Chacun les prenait pour des jumeaux, mais les deux frères avaient trois ans d’écart. Tsuneo était un écrivain à succès. Il écrivait depuis tout petit et avait pris des jobs de traducteurs pour se faire de l’argent avant d’intégrer une école de journalisme. Finalement, il avait proposé ses écrits à la maison d’édition pour laquelle il travaillait depuis quelques années comme traducteur, et depuis, sa vie avait radicalement changé.

  • Raconte !

Senji avala tout d’abord une rasade du breuvage ambré avant de se lancer.

  • Hum… je n’ai pas encore rencontré mon futur responsable. Apparemment, il a passé sa journée auprès d’un client très important. Sinon, je n’ai pas vraiment de bureau. Je travaille sur la plateforme et j’ai passé ma première journée à faire des photocopies, du café, être présenté au personnel et… j’ai rempli mon contrat de travail. Enfin, de stage devrais-je dire !
  • Quelque chose te chagrine ? s’inquiéta son frère.

Senji secoua la tête et fixa Tsuneo intensément.

  • Tu vois… je sais que je devrai être content de mon sort… enfin, je le suis. Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais, je me sens déstabilisé d’effectuer ce genre de tâches… alors que j’ai travaillé si dur pour arriver là où j’en suis !

Le jeune homme se gratta la tête, contrarié. L’écrivain sourit et ébouriffa les cheveux de son frère.

  • Senji, tout le monde commence comme cela, études ou pas ! Moi, à ta place, je ne m’inquiéterais pas trop, petit frère ! Tu as beaucoup de qualités et vu ton parcours, je ne pense pas que tu restes très longtemps à la place où tu es. Alors, affiche-moi un sourire et trinquons à ta nouvelle place d’avocat…
  • Avocat stagiaire, rectifia Senji avec un clin d’œil.
  • Si tu veux ! Au nouvel avocat stagiaire, Fujimori Senji !

Les deux hommes levèrent leurs verres et finirent leurs boissons d’une traite. Senji fit un geste au barman pour qu’il leur serve à nouveau un verre.

  • Oh, tu pervertis un vénérable père de famille Senji, se moqua Tsuneo.
  • Père de famille, je suis d’accord, mais je ne vois rien de vénérable chez toi Tsuneo, ricana Senji. Et puis, je te signale que tout vénérable que tu sois… tu m’as donné rendez-vous dans un bar gay !

Tsuneo éclata de rire et attrapa le verre que le barman venait de déposer devant lui. Il le remercia d’un geste et leva son verre.

  • Et pourquoi pas ? Personnellement, je m’en moque comme de ma dernière chemise. Et tous ont été corrects ici.
  • Tu n’as pas choisi non plus le troquet du coin !

L’écrivain éclata de rire et adressa un sourire en coin à Senji.

  • En parlant de respectabilité et de vénérabilité… Tu comptes te caser quand, maintenant que tu as un boulot ?

Senji faillit s’étouffer à la question de son frère. C’était la question qui le turlupinait depuis quelque temps. Sur le campus, il aurait pu avoir de multiples occasions, mais il n’avait jamais rien concrétisé ou presque. Enfin, il devait se l’avouer, il avait préféré se consacrer à ses études plutôt qu’à sa vie amoureuse. Mais maintenant, où trouverait-il l’âme sœur ?

  • Vas-tu sortir un peu pour rencontrer quelqu’un ?
  • Je n’aurai pas vraiment le temps, Tsuneo.
  • Tu comptes aller où ? Ou faire comment, si tu ne sors pas ?

Senji posa son menton sur sa main et observa son frère du coin de l’œil. Tsuneo avait une vie beaucoup plus épanouissante que la sienne, en y regardant de plus près.

  • Alors ?
  • Je n’en sais rien…

Senji devint soucieux. Il reprit d’une voix traînante :

  • Il est hors de question que j’ai une aventure au boulot… Ils m’ont bien fait comprendre qu’ils ne voulaient pas de scandale. Et puis, je n’ai pas envie d’être regardé comme une bête curieuse si cela venait à se savoir !

Tsuneo examinait attentivement son petit frère. Il était vrai que son orientation sexuelle posait problème ou plutôt représentait un obstacle pour sa carrière. Jamais, il ne pourrait s’exhiber avec son fiancé.

Tsuneo admirait Senji. Il se souvenait de la tête de son jeune frère lorsqu’il l’avait trouvé pleurant dans sa chambre. Il venait d’essuyer son premier refus. L’ayant poussé à bout pour savoir ce qu’il s’était passé, Senji lui avait hurlé qu’il était homosexuel et qu’il n’avait aucune chance d’avoir qui que ce soit dans sa vie.

À partir de ce moment-là, Tsuneo avait protégé Senji et avait essayé de comprendre son frère. Sur ses conseils, Senji avait avoué son orientation sexuelle à leurs parents et ces derniers avaient eu assez d’ouverture d’esprit pour accepter. Senji avait eu son premier petit ami grâce à lui, puisqu’il s’agissait de Kyoshi, son meilleur ami à l’époque. Ce dernier était tombé sous son charme, le rencontrant chez lui régulièrement.

Senji avait toujours été plus mature que son âge et il fascinait Kyoshi. Parfois, ce dernier se trompait. En croyant enlacer Senji, il s’attaquait à lui. Tsuneo généralement, calmait ses ardeurs en lui envoyant une pichenette sur le front. Son ami s’excusait misérablement pendant un bon quart d’heure ensuite. Ce souvenir amena un sourire chez Tsuneo.

  • Peut-être devrais-tu chercher sur internet ? suggéra l’écrivain en finissant son verre à nouveau.
  • Je vais tomber sur des malades ! Ce n’est pas du sexe dont j’ai envie. Je voudrais une relation sérieuse…
  • Il doit y avoir des agences sérieuses. Renseigne-toi au lieu de rejeter d’emblée !
  • Je n’en sais rien, Senji posa son verre lui aussi. J’ai peur de…
  • De quoi ? D’être heureux ? suggéra Tsuneo.
  • Non ! protesta Senji. C’est juste que je n’aie pas l’habitude…
  • Depuis combien de temps n’as-tu pas eu de véritable relation ? Depuis Reiho ? Soit presque trois ans…
  • La ferme ! marmonna Senji contrarié.
  • Senji… en dehors d’internet, tu devrais pouvoir trouver des agences spécialisées, tu sais, il faudra bien que tu sortes ! insista son frère.
  • Pourquoi de ma vie professionnelle en est-on passé à ma vie amoureuse ? maugréa Senji.
  • Parce que c’est la seule chose qu’il te reste à stabiliser à présent ! sourit Tsuneo. Même papa et maman aimeraient bien te voir casé. Je ne parle pas de Sunako, marmonna l’écrivain. Notre chère petite sœur organiserait un Omiai[18] pour toi !

Senji éclata de rire en imaginant sa fantasque sœur en kimono et lui tendre des dossiers de candidats le plus sérieusement du monde.

  • J’éviterai de parler de ce sujet devant elle… Pour ce qui est de ma vie sentimentale, laisse-moi un peu de temps, Tsuneo.

Le jeune homme observa son frère et lui adressa un sourire rassurant. Les deux frères quittèrent l’établissement quelques minutes plus tard pour se rendre dans un autre bar. C’était leur soirée et ils étaient bien déterminés à se saouler avant de rentrer


[1] Kumiko : Parrain de la mafia japonaise.

[2] Wakagashira : Premier lieutenant du Kumiko ou d’un Oyabun.

[3] Fusuma : porte coulissante d’une épaisseur de 3 cm environ.

[4] Oyabun : Chef de clan yakusa dépendant du Kumiko.

[5] Shateigashira : Sous-lieutenant d’un Kumiko ou d’un Oyabun.

[6] Shōji : Porte coulissante, faite en général en papier.

[7] Seiza : position assise japonaise où la personne plie les genoux, les fesses sont aux talons, les pieds sont tournés vers l’intérieur.

[8] Zabuton : (litt. Futon-siège) coussin de 50 – 70 cm posé à même un tatami, généralement accompagné d’un accoudoir.

[9] Shatei : petit frère, nouvelle recrue dans l’organisation.

[10] Keiō : Université privée fondée en 1858 située à Tokyo.

[11]Sensei : ou « Maître », est celui qui transmet son savoir, ceci s’adressant surtout aux avocats, médecins, artistes reconnus ou artisans d’arts.

[12] Kyodai : grand frère, rang au-dessus de Shatei.

[13] Shōgi : jeu d’échec japonais.

[14] Shōgiban : table de jeu de shōgi (semblable au jeu d’échec).

[15]Parachutage : un joueur peut remettre en jeu à son profit toutes les pièces qu’il a prises à son adversaire. Quand vient son tour de jouer, il lui suffit de parachuter la pièce de son choix sur n’importe quelle case vide du shōgiban.

[16] Saiki-komon : responsable administratif de l’organisation. Il est le n°2 de l’organisation après le parrain (Kumiko).

[17] Katagi : Personne non yakusa.

[18] Omiai : mariage arrangé.

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