Lunes de Sang T3

Extrait du chapitre 1 de Lunes de Sang (Tome 3 du cycle des loups-garous).

Bonne lecture


Chapitre 1 : Incertitudes

La pièce silencieuse n’était troublée que par les pages qui se tournaient ou par les soupirs qui franchissaient la bouche de l’Empereur. Le bureau immense qu’il occupait lui permettait d’étaler tous ses documents, lui donnant l’impression d’être fouillis. Loin d’être seul, Naka était accompagnait par Roa. Assis non loin de la porte à double battant, dans une attitude relâchée, ce dernier somnolait récupérant de ses nombreuses batailles et de ses nuits d’insomnies.

Il profitait de l’accalmie pour récupérer. Dès mois qu’ils étaient sur la route dans des conditions précaires, ne pouvant se reposer complètement. D’ailleurs, Naka travaillait sur ses projets pour les deux empires réunis et cela ne le concernait pas vraiment.

La guerre officiellement terminée depuis deux mois, laissait des territoires exsangues et beaucoup de tâches à accomplir et à gérer. Naka avait quelques conseillers, mais pas encore de ministres attitrés. Certes, de nombreuses femmes et hommes de confiances l’entouraient, mais le projet dont lui avait parlé Naka, n’allait certainement pas dans le sens où de nombreux nobles d’Etela aimeraient justement amener l’Empereur.

Certains entrevoyaient la trame de sa nouvelle politique qui incluait aussi les nobles des territoires des Eskins, et cela semblait causer leur déplaisir. C’est à ce moment là que Roa Kuyrei intervenait. Il surveillait et entendait le mécontentement des nobles trop ambitieux, et il restait près de sa moitié pour le protéger d’éventuelles représailles… Non, pour les protéger, rectifia Roa dans ses pensées.

Son regard entrouvert dévala lentement la silhouette penchée sur ses dossiers. Les longs cheveux noirs ramenés en queue de cheval sur le haut de son crâne, tombaient en partie sur l’une de ses épaules, et quelques mèches s’enroulaient sur le plateau de la table comme pour former une tâche d’encre.

D’autres mèches plus courtes caressaient son visage séduisant. Ses larges épaules tendaient le tissu de son uniforme aux couleurs rouges et noires, comme son ruban dans les cheveux.

L’anatomie cachée par le bureau à la hauteur du ventre n’aurait pas dévoilée la grossesse de l’empereur. Une part de Roa aurait aimé voir ce ventre rond, mais pour l’instant, il était préférable qu’elle ne se remarque pas. D’ailleurs, même lui avait parfois du mal à se rappeler de cette grossesse. Naka se conduisait toujours de la même manière.

Quelque fois, il aimerait que son mari se repose, prenne du temps pour lui, pour eux… pour leur famille. Mais, Naka était l’empereur. Il aimerait tant pouvoir l’aider, mais… mais… Roa ferma les yeux.

Oh, Naka pouvait compter sur lui pour une guerre, mais pas pour ce genre de concept qui résidait dans des détails administratifs, juridique, d’éducation, d’architecture, d’urbanisme et encore bien d’autres domaines qui lui passaient par-dessus la tête.

Dehors, Hito devait préparer entre autre le couronnement de Naka pour les deux empires, et aussi le départ de son cousin, songea Roa. Naka avait décidé de retourner à Mailio, il avait un peu le mal du pays, et puis il avait de nombreuses affaires à régler en tant que nouvel Empereur. La guerre l’avait maintenu à distance trop longtemps.

Il aurait été préférable pour tout le monde que Naka reste à Etela et supervise les opérations au loin, mais sa présence avait galvanisé les troupes, et leur avait permis de vaincre beaucoup plus rapidement que prévu.

Levant une paupière pour étudier de nouveau son compagnon toujours absorbé par son travail. Naka aurait bientôt tous les droits sur le royaume des Eskins qui disparaîtrait de ce fait, réunit sous la couronne d’Etela.

Quelque part, cette situation l’effrayait même s’il essayait de ne pas y penser. Lorsqu’il songeait à sa vie avec Naka jusqu’ici tout se résumait à l’Académie ou la guerre, mais à présent ? Roa avait toujours repoussé le statut de Naka, mais plus maintenant.

La journée était magnifique, pensa soudain Roa en jetant un coup d’œil à l’extérieur. Ils auraient pu se promener main dans la main dans le parc où des dizaines de jardiniers s’affairaient pour redonner aux jardins du palais son ancien éclat.

Le soleil projetait les particules de poussières au travers des vitres, de là, où il se trouvait il voyait les ramures vertes se balancer doucement sous la brise. Le chant des oiseaux le rendit soudain nostalgique. Qu’est-ce qu’il aimerait être dehors !

Son regard se posa sur Naka toujours occupé avec ses dossiers, et vu la pile, il n’était pas prêt d’avoir fini. Et lui ? Est-ce que sa vie à l’extérieur lui manquait ?

Le nez de Roa se plissa. Quel serait son nouveau rôle ? Il aurait aimé proposé son aide, mais pour dire ou faire quoi ? Il n’était qu’un militaire après tout.

Roa se redressa d’un bloc en entendant un léger coup frappé à la porte. Cette interruption impromptue arrivait à point nommé. Se tournant vers Naka pour recevoir ses ordres, il constata que l’Empereur plongé dans ses papiers n’avaient rien entendu.

Le stylo voyageait entre les doigts de Naka, et semblait se déplacer de sa propre volonté. Son regard fixait un compte-rendu comportant de nombreux chiffres. Roa émit un raclement de gorge qui interpella son mari. Levant des yeux interrogateurs, ce dernier croisa son regard. Naka haussa un sourcil en une question silencieuse.

–    Oui ?

–    Quelqu’un attend derrière la porte, répondit Roa.

–   Oh ? s’étonna Naka. Fais-le entrer.

La pause subite, fit remarqué à l’empereur qu’il était resté immobile bien trop longtemps. Une de ses mains passa dans ses cheveux et son expression parut soudain fatiguée. Comment s’en étonner après tout ? Naka ne s’était pas reposé un seul instant depuis que le guerre était terminée.

–    Cela ne te dérange pas ? Tu sembles très concentré, compatit soudain Roa.

–    Non, non… Cela me changera après tout.

Roa qui s’était posté devant la porte, la main sur la clinche attendait pour ouvrir la porte. Le bref mouvement du chef de Naka, fit tourner la poignée. Roa cacha l’Empereur au visiteur de sa haute silhouette.

–    Salut Roa !

Le ton joyeux fit se pencher Naka pour essayer de voir son visiteur. Mais vu la stature athlétique de son mari, il aurait fallu qu’il soit transparent. Qui pouvait être de si bonne humeur ? Tout ceux qu’il côtoyait actuellement étaient si épuisés ou traumatisés qu’ils semblaient porter le poids du monde sur leur épaule.

–    Qui est-ce ? demanda Naka dont la curiosité avait été piquée.

–    Shugen Ais, répondit Roa.

Les yeux de Naka s’agrandirent sous la surprise. Il n’avait pas entendu ce nom depuis l’Académie. Le visage de l’étudiant se dessina dans son esprit. Si ses souvenirs restaient intacts, il s’agissait d’un homme grand, mince et nerveux. Ses cheveux étaient coupés courts et surtout en épis. Comme si sa chevelure avait une vie propre. D’ailleurs, leur couleur était aussi ténébreuse que ses yeux. Par contre, cette insouciance affichée, était loin de celle du jeune homme qu’il avait connu autrefois.

–    Naka c’est toi ?

À peine la phrase fut-elle prononcée, qu’un gémissement de douleur suivit. Naka fit une grimace. Le poing de Roa faisait des ravages.

–    Imbécile ! Ne parle pas à l’Empereur comme tu le ferais avec un poissonnier ! Nous ne sommes plus à l’Académie.

–   Désolé, désolé… je…

–    Laisse-le passer Roa.

Ce dernier jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Son expression indéchiffrable étonna Naka.

–    En êtes-vous sûr, votre Majesté ?

–    Eh bien, tu n’étais pas aussi cérémonieux avant Roa, se moqua son ancien ami.

–    Ta gueule Shugen.

Se calant dans son fauteuil rembourré, Naka croisa les jambes et posa son menton entre ses doigts, son coude reposant sur l’accoudoir de son fauteuil. Un sourire se formait sur ses lèvres. L’instant allait s’annoncer amusant et rafraichissant après tout.

–    J’en suis sûr… Laisse-le entrer, Roa.

Son mari s’effaça et Shugen Ais entra. Grand et mince comme dans son souvenir, il était habillé totalement de noir, cela le changeait de l’uniforme de l’académie, il paraissait plus mature.

Ses cheveux de jais coupé court, mais plus long que dans son souvenir restaient ébouriffés encadraient son visage rieur. Mais Naka sut immédiatement qu’il s’agissait que d’une façade.

À l’Académie, le jeune homme avait les meilleures notes et comptait parmi les plus sérieux élèves. Cependant, il l’avait quitté avant les examens de fin d’études. Shugen n’avait jamais rien dit des raisons de son départ précipité.

Naka n’avait aucune idée dans quel domaine d’activité ce type travaillait à présent. Une chose était sûre, c’est qu’il ne semblait pas éreinter par les combats. Aucune cicatrice visible, pas de fatigue sur son visage, ni d’émaciement parce qu’il n’avait pas mangé à sa faim…

Son regard détaillait l’homme lentement et son interlocuteur s’était figé pour le laisser le contempler. Naka remarqua qu’il n’était pas le seul à scruter son vis-à-vis.

–    Que me vaut ta visite Shugen Ais ?

L’homme s’inclina respectueusement et lorsqu’il se redressa, lui adressa un grand sourire chaleureux.

–    Vous avez fait un merveilleux travail ces derniers mois, votre Majesté. Mais si je vous disais que le ver était toujours dans la pomme, que me diriez-vous ?

…/…


Petit rappel, pour les indélicats.

Le texte n’est pas libre de droit ! Si vous voulez partager cet extrait, veuillez mettre un lien vers ce site.

 

Publicités